Épisode #4 : « Ce restau m’a sauvé la vie » : comment elle a transformé le pire drame de sa vie en projet pour les jeunes

laure haezebrouck fonds de dotation eviza santé mentale des jeunes

Bienvenue sur le blog Serenitiz ! Si tu es nouveau/nouvelle ici, tu voudras sans doute lire mon livre qui explique comment apaiser ton anxiété rapidement grâce à 10 techniques super efficaces : clique ici pour télécharger le livre gratuitement. 😊

Cliquez sur « Play » pour écouter le podcast avec Laure Haezebrouck et son projet Eviza, ou faites un clic droit ici, vous pouvez aussi cliquer sur « Télécharger » pour le recevoir sur votre appareil (pour l’écouter sur tablette ou sur un smartphone par exemple). Cliquez ici pour s’abonner au podcast directement sur Spotify, sur Deezer.

🎙️Un nouvel épisode du podcast qui va vous bouleverser

Comment continuer à avancer quand la vie vous confronte à l’une des pires épreuves imaginables ? Comment transformer le sentiment d’être différent en force, et la souffrance en projet collectif ?

Dans ce nouvel épisode du podcast Serenitiz, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Laure Haezebrouck, entrepreneure bretonne, porteuse de multiples projets, diagnostiquée TDAH depuis l’âge de 20 ans, et aujourd’hui engagée dans la création d’un fonds de dotation dédié à la santé mentale des jeunes.

Son parcours est tout sauf linéaire. Entrepreneure par conviction, créatrice d’espaces de coworking, fondatrice d’une marque textile éthique, restauratrice, Laure partage une vision profondément humaine du monde et de l’entrepreneuriat.

Mais derrière cette énergie débordante se cache aussi une histoire de reconstruction. Une histoire marquée par le deuil, la résilience et une volonté farouche de transformer la douleur en quelque chose d’utile aux autres.

Au fil de cet échange, nous avons parlé de TDAH, de différence, d’éducation, de santé mentale, de communauté, de transmission et d’espoir.

Voici son histoire (et la retranscription écrite du podcast).

Une entrepreneure engagée et atypique

Ambre : Salut à tous et à toutes et bienvenue sur le nouveau podcast Serenitiz où j’interviewe Laure Haezebrouck, une entrepreneure rennaise très engagée sur la santé mentale des jeunes qui est aussi TDAH elle-même, alors c’est parti pour le podcast ! 

Laure : Bonjour à tous, je suis ravie d’être là. 

Ambre : Je suis super contente de t’avoir, moi je t’ai proposé ce podcast-là parce que je sais que t’es super engagée sur le domaine de la santé mentale et en plus que t’as un projet de fonds de dotation pour la santé mentale des jeunes. Justement, je voulais que tu nous en parles, que tu te présentes aussi, c’est super inspirant. 

Laure : Alors moi j’ai 42 ans aujourd’hui, j’ai toujours été entrepreneuse à mon compte parce que un peu un petit poisson à contre-courant qui n’aime pas beaucoup la hiérarchie et qui a besoin d’avancer très vite sans qu’on vienne s’opposer à la manière dont elle réfléchit.

Concrètement j’ai été diagnostiquée TDAH à 20 ans, jusqu’à 40 ans j’ai pas compris à quoi ça me servait mais j’ai compris que je ne fonctionnais pas comme tout le monde et que ma matrice de fonctionnement perturbait énormément de gens lorsque je m’engageais dans des projets et que pour éviter de perturber les gens il valait mieux que j’avance toute seule.

Parce que j’avais une vision qu’il n’avait pas et après 15 ans ou 20 ans d’analyse de mon TDAH je peux dire que cette vision a toujours été la bonne mais qu’il était très difficile pour moi de prouver aux gens que la vision que j’avais était vraie tant que je n’arrivais pas à la fin de cette vision ou qu’on n’arrivait pas au résultat de ma vision. A la concrétisation.

Une entrepreneure de conviction

Laure : J’ai toujours voulu créer des business qui répondent d’abord à un besoin personnel parce que je ne suis pas une entrepreneuse d’investissement, je suis une entrepreneuse de conviction. J’ai eu la bonne idée et l’éducation de ne pas faire n’importe quoi en termes d’investissement donc de toujours veiller à investir dans de l’immobilier dans le cadre d’une création d’entreprise mais l’activité en elle-même n’a jamais eu un but mercantile parce que je suis profondément dans l’accompagnement de l’humain et dans le désir de l’alignement personnel pour aider les gens à devenir la meilleure version d’eux-mêmes.

Pour le devenir, il fallait que je le sois d’abord moi. Oui c’est vrai. Et donc j’ai eu la chance d’être maman très tôt, ça a toujours été un rêve pour moi. J’ai eu deux filles, j’avais 22 et 24 ans, donc je me suis occupée avec deux profils particuliers, une Asperger, une autre HPI, HPE, je ne sais pas quoi d’autre, ça c’était la petite. Et à 30 ans, je comprends que la vie que je mène ne va pas m’aider à devenir la meilleure version de moi-même donc je décide de divorcer. C’est pour grandir, pour m’élever, pour élever mes filles aussi en même temps et donc je décide de m’installer dans une ville qui va répondre à mes envies de développement et je ressens à Rennes une énergie que je n’ai jamais rencontrée dans aucune ville avec une réelle volonté et une vision de demain.

C’est-à-dire que quand je m’installe à Rennes, je trouve quand même des campagnes de communication disant « Rennes projet 2030 » et ça pour moi c’est l’idée même qu’une ville n’est pas dans l’instant présent mais dans la projection et c’est exactement ce dont j’avais besoin. Donc je crée une petite auto-entreprise à l’époque spécialisée dans les anniversaires d’enfants, c’était mon domaine de spécialité.

Créer un coworking centré sur l’humain

Laure : J’avais un blog de maman connu à l’époque sur les décos d’anniversaires d’enfants, j’ai publié un livre chez Hérold à Paris au sujet de l’anniversaire des enfants et donc je me dis « bon allez, je me lance dans ce domaine » mais je ne voulais pas travailler toute seule de chez moi parce que j’avais compris que l’isolement de l’entrepreneur est source de non-développement.

Et les espaces de coworking commençaient à se faire connaître, je fais le tour et je n’en trouve pas beaucoup qui me correspondent, il y en avait quelques-uns mais très peu, plutôt tournés autour du numérique et de l’univers masculin. Donc je ne trouve pas mon bonheur, en même temps j’étais dans la recherche d’un lieu pour vivre à Rennes pour m’installer avec mes enfants. Je suis à fond et au taquet sur les investissements immobiliers donc je suis passionnée du Boncoin, je me mets des alertes à gogo parce que je suis passionnée de dénicher des choses que les gens n’ont pas vues.

Et donc je trouve un local de 300m2 situé en plein centre-ville de Rennes que le propriétaire ne parvient pas à vendre, dont il aimerait vraiment pouvoir se séparer parce qu’il a fait d’autres investissements, les agences immobilières de Rennes l’ont eu à vendre pendant 3 ans.

Le lieu que personne n’avait vu

Laure : Et j’arrive dans ce local et là je comprends que j’ai la vision que personne n’a eue et je fais « c’est ici que je veux faire quelque chose » mais je ne savais pas encore quoi. Je visite le local, je vois le montant de l’investissement, le montant des travaux, je connaissais déjà le mécanisme d’investissement via l’SCI qui permettait d’emprunter auprès des banques parce que ça les rassure, donc ça je me dis que le montage va se faire.

J’étais encore à une époque où les taux d’intérêt étaient bas et les banques prêtaient avec en plus une famille dans l’immobilier qui permettait de structurer mon dossier. C’était quand même mon premier investissement. Et là je me dis que le lieu va être extraordinaire pour y créer un coworking, situé en plein centre-ville de Rennes, à l’abri de l’activité parce qu’on est au fond d’une cour dans un loft que j’ai intégralement rénové, et surtout je vois le potentiel du sous-sol que je vais pouvoir exploiter qui était à l’état de cave à l’époque au moment où je le visite.

On est descendu avec un escalier en colimaçon, il y avait des cailloux, il y avait une cave. Sauf que mon investissement jouait là-dessus parce que je récupérais 110 m2 d’exploitation. Et je réfléchis au projet, j’ai une amie à l’époque qui se retrouve au chômage mais elle est architecte d’intérieur et je lui dis écoute si ça te dit, on part toutes les deux là-dedans, on fait les travaux, on trouve nos équipes et on y va.

Un espace pensé pour le bien-être mental

Laure : Et donc on fait les plans et on décide d’installer tout ce qui est open space, bureaux au rez-de-chaussée, les salles de réunion, les lieux temporaires au sous-sol, sachant qu’on a quand même de la lumière du jour, on a travaillé les lumières au maximum, et un lieu qui ne ressemble absolument pas à un bureau aseptisé dans lequel tu n’as pas envie de travailler, mais un lieu dans lequel tu t’y sentes aussi bien que chez toi, voire mieux que chez toi parce que tu t’es délibéré de tous tes soucis que tu as chez toi. Et que tu as toutes les conditions réunies pour y travailler au mieux, avec des personnes qui seront dans ton écosystème mais qui ne travaillent pas avec toi.

loft working
L’espace « Le loft coworking » à Rennes

Donc la différence c’est que quand on fait notre pause déj le midi, personne ne parle des problèmes de la société, parce qu’on ne s’intéresse pas trop aux activités des autres tant que les gens ne nous sollicitent pas, en revanche à l’heure du déj on parle de l’activité, de la vie, des restos qu’on ouvre à Rennes, des événements, des festivals, et en fait on crée un milieu propice à l’épanouissement, à la rencontre, au lâcher prise aussi, avec une salle de sieste où on dit aux gens que c’est important de se reposer.

C’est important de prendre soin de soi, qu’on ne peut pas être au taquet tous les jours, on est là pour dire qu’on n’est pas parfait, et on est là si quelqu’un a besoin pour s’entraider, et moi mon lieu a un rôle très important c’est qu’il y ait toujours quelqu’un à l’accueil, qui est un peu la maman qui va prendre soin du lieu et de l’écosystème et de nos coworkers, qui va veiller au bien-être mental de tout le monde, et c’est ça qui fait la force de ce lieu, et c’est ça qui me passionne dans cet établissement et qui continue à me passionner dix ans plus tard.

Ambre : Donc c’est ça aussi un peu ce qui te différencie des autres lieux de coworking à Rennes ? 

Laure : Oui, alors j’ai jamais voulu me différencier des autres, j’ai toujours dit, parce que quand on a commencé le coworking on a été quelques-uns ouvrir ensemble, on a créé un collectif dans la volonté de se faire connaître, et on a toujours été d’accord sur le fait que chacun y développe sa propre âme au sein de son propre lieu, et les lieux qui réussissent sont ceux qui ont une âme à la création du lieu. Ceux qui ont été conçus par des grands groupes, qui ont une idée globale de comment ça doit être fait, mais quand l’âme de la personne n’est pas là, les personnes n’y restent pas de la même manière

Ambre : Oui, ça ne fonctionne pas pareil, et je pense que ça n’atteint pas les gens au cœur pareil.

Laure : Exactement. 

« Mes projets font partie intégrante de ma santé mentale »

Quand entreprendre devient vital

Ambre : Ok, donc tu as commencé, tu as dit, avec de la décoration pour enfants, et après plus tard t’as fait l’investissement pour le loft coworking, mais je sais que t’as encore d’autres métiers. 

Laure : Donc, je rappelle que je suis TDAH, et que j’entreprends pour être libre, et j’entreprends pour aussi rendre les gens heureux, et que à part mes investissements, mes activités n’ont aucune vocation mercantile, d’ailleurs je me demande pourquoi je n’ai pas monté des établissements à but non lucratif, plutôt que de créer des sociétés SASU qui me pèsent une fortune, et qui me coûtent énormément dans mes activités.

Ce n’est pas grave, c’est quand on fait des erreurs qu’on apprend, et donc je suis en train de changer les choses. Donc, mon activité se retrouve fermée lorsque le Covid arrive, donc nous avons la fermeture administrative qui est imposée, le modèle économique du coworking est extrêmement tendu, on ne fait très peu de trésorerie, il faut que le lieu soit géré au cordeau. J’ai de la chance d’avoir des clients à ce moment-là qui continuent à payer leur loyer alors qu’ils n’étaient pas obligés de le faire, donc beaucoup de solidarité.

J’ai la banque qui gèle mes emprunts aussi à ce moment-là, qui comprennent qu’il faut me faire confiance et qu’ils n’ont de toute façon aucun intérêt à ce que ça se passe mal. Donc, on perd quand même énormément de trésorerie à ce moment-là, et moi, je ne peux pas rester sans bosser, parce que j’ai besoin de projets pour garder ma santé mentale. Mes projets font partie intégrante de ma santé mentale, je dois me lever tous les matins avec l’envie de créer, l’envie de faire, l’envie d’accomplir, l’envie de tester, l’envie d’essayer, l’envie de me planter.

Une marque textile créée par passion

Laure : Je m’en fous, il faut que j’aie une envie. Et je viens d’une famille du textile, où la fortune du côté paternel a été fondée par mon arrière-grand-mère, qui s’appelait Laure, et qui a fait une très, très grande usine de textiles dans la région où on vivait à l’époque, donc en Champagne-Ardenne. Et je pense que j’ai la petite fibre de ça, et moi, je suis kitesurfeuse, et je trouvais toujours très surprenant qu’aucune marque française n’ait pris le pari de créer une marque de textiles dédiée aux kitesurfeurs, mais de manière éthique.

kitesurf

Nous avions beaucoup de vêtements qui nous permettaient de nous repérer dans notre communauté, mais issus des fabricants de matos, qui, eux, n’avaient pas forcément le temps d’établir un impact important, parce qu’ils ont juste un souhait, j’ai envie de dire, de marketing-communication. Et je me dis, finalement, notre communauté est quand même une communauté proche de la nature, avec des certaines convictions, des valeurs, et c’était l’occasion de me dire, j’ai envie de créer une collection parfaite, que tu vas enfiler quand tu sors de l’eau, quand tu vas quêter, des vêtements amples, faciles à porter, et avec un impact quasiment négatif, car je veux sortir des codes du textile classique, c’est-à-dire que je ne fais tout pour que la marque ne soit pas connue. Et là, on m’a dit, d’accord, mais c’est quoi ton projet ? Mon projet, je n’en ai aucun d’autre que la marque survive, sur dix ans minimum, avant qu’elle finisse par accomplir sa notoriété et sa crédibilité.

Toutes les marques de textile se plantent dans les cinq premières années, parce que nos charges et la pression mise sur la création des collections en permanence sont épuisantes et trop lourdes. On se retrouve avec de la surcharge de stocks, avec un besoin de création permanente, avec un besoin de repenser permanente, qui épuise le mental, la créativité, et qui épuise aussi la planète. Donc je pars sur quelques pièces que je teste au niveau de ma communauté, ce qui me permet d’établir les pièces qui fonctionnent, les pièces qui ne fonctionnent pas, celles qu’on va reproduire, celles qu’on va arrêter.

On ne part pas sur des collections automne, hiver, printemps, été. Ce sont des produits de toutes saisons, qu’on fait fabriquer à l’heure actuelle au Portugal, parce qu’ils ont réussi à créer des conglomérats de savoir-faire qui permettent à un endroit de récupérer la marchandise finie, étiquetée, emballée, ce qui n’est pas encore le cas en France. Je n’avais pas le temps de faire le tour des savoir-faire, j’aimerais le faire à la fin.

Et donc aujourd’hui, je peux dire que dans ma collection, j’ai eu deux ou trois best-sellers qui ont très bien fonctionné, qui sont aujourd’hui out of stock, que je vais reproduire ces prochains mois ou dans ces prochaines années. Mais pas de communication sur les réseaux sociaux, pas de vente en ligne, pas de pub, uniquement du bouche à oreille. Je veux que les personnes qui portent les produits soient convaincues de la qualité de ce qu’ils portent, de l’intérêt pour lequel ils le portent.

Et aujourd’hui, moi, je vis au bord de la mer, sur un spot de kite, où j’ai ouvert encore un autre projet, et c’est là où je vends ma collection, et c’est là où la collection a pris tout son sens, et c’est pour ça que ça continue comme ça. Ce que j’adore, c’est d’avoir cette soupape de création quand j’ai envie de créer, ce qui me permet de me dire le matin, est-ce que j’ai envie de me concentrer sur la marque de fringues ? Est-ce que j’ai envie de me concentrer sur le coworking ? Et aujourd’hui, elle est viable parce que je n’ai aucune charge dessus. C’est aussi ça qui me permet d’attendre.

Elle est là, elle est en stand-by. Quand j’ai envie de ressortir un produit, je le ressors. Quand je n’ai pas envie, je n’ai pas le temps, je ne m’en occupe pas. Mais la marque est là. 

Ambre : C’est un peu un projet passion

Laure : Complètement. 

Les années les plus difficiles de sa vie

⚠️ Trigger warning TS : cet extrait aborde le suicide d’un enfant et le deuil. Si vous êtes sensibles à ces sujets, vous pouvez passer cette partie.

Une enfant en souffrance dans un monde qu’elle ne comprenait pas

Ambre : Après ce projet textile que tu as lancé, qu’est-ce que tu as lancé après ? 

Laure : Après, j’ai traversé les 3-4 pires années qu’une maman puisse vivre. J’avais ma petite, à l’époque qui avait 10-11 ans. HPI, HPE, et j’en passe, d’une intelligence et d’une maturité hors normes que personne n’avait jamais rencontrée, quand elle a rencontré des gens, déjà à 6-7 ans, elle perturbait les adultes, elle perturbait les écoles, elle perturbait le genre d’enfant qu’on a envie de faire taire parce qu’il vous renvoie à vos propres inactions et à vos propres incompréhensions. Et ma fille avait l’air de dérouter les gens, de les perturber, de leur dire ce qu’elle pensait tout haut, dans un monde où on n’a pas le droit de le faire.

Elle était ramenée à son âge en permanence, elle était décrédibilisée en permanence, elle devait tout le temps prouver qui elle était, et elle était foncièrement incapable d’accepter l’injustice de domination des adultes sur le monde des enfants. Et ça la faisait extrêmement souffrir. Et très tôt, elle m’a parlé du s* (trigger warning TS).

Elle m’a dit « Maman, je ne pourrai pas vivre dans ce monde, ce monde, je ne le comprends pas, et je ne suis pas prête comme toi à me battre pour voir toujours le verre à moitié plein. Moi je le vois tout le temps à moitié vide. Et ce verre à moitié vide m’épuise chaque jour où j’ouvre mes yeux.

Et même si j’ai une maman extraordinaire, tu ne pourras pas me porter, moi, et porter tous les enfants de ce monde qui ne vont pas bien. » Elle me disait très tôt « Maman, si je ne me suicide pas, c’est parce que je ne veux pas te rendre triste. » Et la seule réponse que j’ai donnée à ma fille, c’est que je lui ai dit « Ma chérie, tu n’es pas sur cette terre pour me rendre heureuse. Tu es là pour trouver ton propre chemin et ton propre bonheur. » 

Les failles du système actuel

Laure : Je t’accompagnerai autant qu’il le faudra, et je me battrai autant qu’il le faudra pour t’aider à trouver ta clarté, à enlever le brouillard qu’il y a dans ton cerveau, à trouver des raisons de te lever le matin, à trouver des raisons de te battre, mais je ne pourrais pas plus faire si tu ne te sens pas capable de le faire, et si en plus de ça, t’estimes que le système éducatif et le système médical dont on dépend aujourd’hui n’a pas su répondre à tes besoins, sans parler de la justice, évidemment. Aujourd’hui, les gens réalisent à quel point les enfants sont les plus maltraités de ce monde, avec tous les dossiers qui sont en train de sortir sur la pédocriminalité, sur les mamans qui ne sont pas entendues, sur la violence psychologique qu’on fait vivre aux mamans et aux enfants, et qu’à chaque fois, le désir est de faire passer les mamans pour des sorcières, intéressées par le fait de devenir connues ou de récupérer de l’argent.

Tant que notre société sera orientée de cette manière, on ne sauvera pas nos enfants. Les enfants ne sont pas protégés à l’heure actuelle, quand ils sont en difficulté émotionnelle ou physique. Leurs paroles ne sont pas protégées, parce qu’à partir du moment où un enfant n’a pas 18 ans, les parents ont le droit, ou tout adulte a le droit de réclamer les rapports que les enfants ont donnés au plus haut niveau juridique, que ce soit en gendarmerie, que ce soit à la police, que ce soit à une juge.

Et ça, c’est la faille de notre système. Quand un enfant sait que la personne qui le persécute va pouvoir lire le rapport qu’elle aura donné en pensant être protégée, elle va protéger son agresseur, et elle va accuser ceux qui les protègent. Parce qu’en fait, elle sait que ceux qui les protègent ne leur en voudront jamais d’avoir dit la vérité ou d’avoir menti pour se protéger de leur propre agresseur.

Comment peut-on protéger nos enfants dans un monde où le système a été complètement inversé ? Et je pense qu’il y a une volonté, quelque part, de mettre en place ce système pour que les réseaux pédocriminels puissent continuer à exister. Les choses sont en train de bouger, c’est génial, mais ma fille elle a lâché l’affaire. Elle n’en avait plus la force, elle a décidé de se s*.

Perdre un enfant

Laure : Elle a décidé de nous protéger, moi et sa sœur, en laissant sa coquille sur terre, mais en gardant son âme présente auprès de nous. Depuis qu’elle n’est plus là, moi et sa sœur sommes sous une forme de protection universelle intersidérale où notre ciel est devenu bleu du jour au lendemain et que plus rien n’a pu nous arriver. A chaque fois que je vois une difficulté se présenter, je l’appelle, je lui en parle. Dans les 48 heures, le problème est résolu, sans même que j’aie eu à m’en occuper. Et sa sœur, c’est pareil. Elle nous avait dit « Maman, en quittant cette terre, je pourrais te protéger, toi et ma sœur. » 

Ça nous permet de vivre un peu en paix, en se disant que le plus dur c’est le manque physique, de ne plus avoir son enfant. On ne comprend pas pourquoi on nous a donné cette mission de s’occuper d’un enfant pendant deux ans pour qu’il reparte. Après, si mon enfant est un messager qui m’a permis de devenir la meilleure version de moi-même et d’accepter de briller à la juste valeur des travaux qu’on m’avait donné à accomplir sur cette terre, je suis OK.

« Ce restaurant m’a sauvé la vie »

Laure : Quand elle est partie, j’ai voulu quitter Rennes parce que les gens connaissaient ma fille, mon histoire. Elle passait son temps en coworking, tous les jours. Ça l’apaisait, ça lui faisait du bien. Je n’étais pas en mesure de me reconstruire en restant ici.

Quitter Rennes pour se reconstruire

Laure : Donc, j’ai décidé de m’installer au bord de la mer pour ouvrir un restaurant qui soit un restaurant solidaire, tourné vers les familles, tourné vers le bien-être, tourné vers la bienveillance et la solidarité, au bord d’un spot de kite sur lequel je vais souvent. Ce restaurant m’a sauvé la vie.

Ambre : C’est quel type de restaurant ?

Laure : Je voulais un restaurant qui puisse être accessible aux familles dans un univers où les gens ont de plus en plus de problèmes de pouvoir d’achat. Moi, j’adore cuisiner, j’adore manger. Ça fait partie de mes passions. J’ai décidé de passer en cuisine. Je fais très peu de choses à la carte. J’ai trois plats, deux desserts.

restaurant o local redeven
Le restaurant O’Local à Erdeven

On peut aussi trouver ma collection de ma marque de fringues et quelques petits produits de souvenirs que les gens pourront emporter parce que ça reste un lieu extrêmement touristique. Nous accueillons au niveau des dunes de la commune de Erdeven sur la plage de Kirio. On a un magnifique camping municipal installé dans les dunes d’Erdeven qui est une zone naturelle de mine.

C’est un des campings les plus sauvages de France. On peut accueillir jusqu’à 3000 personnes. Nos commerces ont été créés pour pouvoir répondre à la demande de ce camping.

Un restaurant pour recréer du lien

Laure : On accueille des familles, des gens avec pas beaucoup de budget. Ma volonté était que les parents puissent aussi continuer à aller au resto avec les enfants et avec toute la joie et la bonne humeur qu’on a envie de transmettre aux enfants. Des couleurs, des déguisements, des micros, ça chante, ça danse.

Les enfants, je les équipe de jeux pour que les parents puissent dîner tranquillement. Les tables se partagent pour que les gens puissent rencontrer des familles, discuter, échanger de leurs problèmes, que les enfants sympathisent, que les familles sympathisent, que les grands-parents sympathisent. C’était un peu un souhait de reconstruction familiale sur l’évidence de « pour aller mieux, on doit être ensemble ». Parce qu’il y a un peu de communauté.

Ce qu’on a foncièrement oublié dans nos communautés actuelles, tellement nos métiers nous épuisent. Il y a beaucoup de distance qui se crée maintenant entre les gens. C’est pour ça que c’est autant important de recréer ce sens de communauté.

Laure : La société et le système ont fait en sorte de nous isoler, pour qu’on perde tout sens à notre quotidien, qu’on ne sache même plus la raison pour laquelle on se lève le matin. Ils font tout pour nous diviser les uns contre les autres, pour rendre les autres responsables de notre propre malheur. Et c’est en train d’empirer de manière dramatique.

Et l’urgence, elle est maintenant. Donc si on veut changer les choses, c’est maintenant. D’où l’intérêt de créer des projets super engagés comme tu le fais déjà.

Faire de grandes choses (mais pas seule)

Ambre : Et justement, est-ce que c’est juste après que tu as décidé de créer le restaurant ? 

Laure : C’est exactement ça. C’est exactement ça. Le modèle économique du restaurant, on le sait, n’est pas rentable. Si j’arrive déjà juste à payer mes charges, c’est formidable. Ce restaurant m’a sauvé la vie. C’était la chose la plus importante pour moi.

Il a été aussi l’occasion de voir si on était capable de collaborer en couple, parce que
j’ai toujours rêvé de travailler avec mon compagnon. J’ai eu la chance de
rencontrer quelqu’un d’extraordinaire, qui a su prendre soin de moi et de ma famille… Avec une puissance et une intelligence magistrale qui permet d’affronter sa femme,
qui permet de canaliser sa tornade. On est extrêmement complémentaires. Ce
restaurant a été une révélation pour lui, dans un cadre un peu de hobby, parce que lui
a un réel métier. Mais ça lui a permis d’exprimer sa puissance et son savoir-faire dans
une manière complémentaire de la mienne.

On s’est rendu compte qu’à nous deux, on devenait la fusion atomique, c’est-à-dire
que moi j’ai la vision, les idées, j’y vais. Et lui derrière, il canalise, il oriente, il optimise. Lui, il a analysé en 30 secondes mes idées, mes envies, et il a calibré les trucs.

Quand le camping municipal est plein l’été, évidemment on est ouverts, mais lui, c’est
comme un hobby pour lui. Et puis ça lui permet d’être mon guide spirituel ou mon
coach. Et ça, ça m’a permis de comprendre que le resto, c’était super, mais
qu’aujourd’hui, à nous deux, on était capable de faire des grandes choses.

Parce qu’il me manquait ce binôme qui me permette de structurer ma pensée. Quand
moi, j’ai des idées complètement folles et complètement démesurées pour lesquelles
je vais, j’y vais. Ce n’est pas la mesure qui me fait peur. J’y vais, j’ai aucun problème.
D’avoir quelqu’un derrière qui structure, c’est super, ça rassure, et ça me permet de
mieux dormir la nuit.

Eviza : transformer la douleur en action

Laure : Ensuite, pour être libérée des charges et des taxes qui nous épuisent et qui ne nous permettent pas de financer l’intérêt commun, j’ai volontairement voulu créer un établissement, un but non lucratif.

Un fonds de dotation pour la santé mentale des jeunes

Une fois qu’il est fait, je veux m’occuper de la santé mentale des jeunes à très grande échelle. J’aimerais réaliser des événements dans des stades ou des lieux où les familles se réuniraient, où pour faire résonner les chansons, il faut qu’on soit assis en cercle les uns vers les autres et qu’on chante tous des chansons de paix, faciles et accessibles à tous, quasiment des concerts gratuits, j’ai presque envie de dire, où on chanterait des chansons que tout le monde connaît. C’est-à-dire que même aujourd’hui, je vois bien que les générations maîtrisent des chansons comme Imagine, comme We are the world.

enfants

Donc, établir une liste de 15 chansons où on aurait un orchestre au central, un super orchestre qui nous enverrait une musique incroyable avec des écrans où on verrait les chansons et on pourrait lire les paroles, et où toutes les familles chanteraient, et où le rôle du fond de dotation serait de donner à chaque participant le guide de la reconstruction familiale, avec des exemples concrets adossés à l’intelligence artificielle, pour donner la clé de chaque cadenas de membres de la famille pour réparer les familles.

Parce qu’on se rend compte que s’il y a autant de conflits dans les familles, ce n’était pas volontaire, c’est juste que tout le monde n’a pas la clé de l’incompréhension de l’autre. Ce n’est pas parce qu’on vient de la même famille qu’on a été matricées de la même manière. Et tant qu’on comprendra ça, et que tes parents, tes grands-parents, tes oncles, tes tantes n’ont pas la lecture de la personne que tu représentes réellement, sans volonté de nuire, les conflits continueront. Et tant que les familles ne s’entendent pas, les enfants ne pourront pas aller mieux. 

Ambre : Oui, c’est vrai. C’est tout un système qui doit être positif, entre guillemets, sécurisant aussi, pour que tout le monde s’épanouisse.

Laure : C’est exactement ça. On a besoin de toutes les générations pour prendre soin de nos enfants, qu’on soit de la même famille ou qu’on ne le soit pas d’ailleurs. Et en fait, il faut rétablir cette compréhension d’inter-génération.

Réparer les familles pour aider les enfants

Laure : C’est-à-dire que les parents ont leur propre rôle, les grands-parents ont leur propre rôle, votre voisine a son propre rôle, on a tous. Et il y a un dicton africain que j’adore qui dit « pour prendre soin d’un enfant, on a besoin d’un village ». Et ça, dans nos cultures d’Europe de l’Est, un peu anglo-saxonne, judéo-chrétienne, on a oublié ça. On a besoin de tout le monde pour élever un enfant.

Et quand nous, on va prendre mal une personne qui va nous donner un conseil sur la manière dont notre enfant va réagir, par pur égoïsme ou par pure peur du jugement, on devrait le prendre comme un point positif pour se dire « si on veillait tous sur les enfants des uns des autres, peut-être que le monde irait mieux ». Et qu’on arrêterait de prendre les choses personnellement. En plus, je crois qu’on oublie que les enfants d’aujourd’hui, c’est les adultes de demain quand même. Donc, plus on prend soin des enfants, plus après, ils deviendront des gens qui auront peut-être un impact positif à l’avenir, qui changeront aussi peut-être la société de manière positive.

Exactement, parce qu’on les aura réparés plus tôt. Parce que moi, j’ai compris plein de choses, mais à 40 ans. Et ma fille de 20 ans, là, j’ai pu l’accompagner pour qu’elle ait mon expertise à 20 ans.

Elle a compris tellement de choses sur la vie que je lui ai dit « tu te rends compte de l’avance que t’as, c’est extraordinaire ». Et pour autant, je ne suis pas là pour que tu deviennes mon double, je suis là pour que tu deviennes la meilleure version de toi-même dans tes domaines d’expertise, et que tu tentes des choses. Et moi, je serai toujours là, au moment où, à un moment, je sens que tu sors, pour te dire « là, t’es sortie, mais maintenant, on revient ».

Expérimenter pour comprendre

Laure : Mais en revanche, elle doit faire ses propres erreurs, elle doit faire ses propres expériences, parce que si elle ne les expérimente pas elle-même, elle ne les croira pas.

Ambre : Donc finalement, tu lui donnes un peu que t’aurais aimé donner à la petite. Et en même temps, t’as aussi donné ton maximum. 

Laure : La petite, le sujet qui est plutôt rassurant, c’est qu’elle a été en colère contre le système très jeune. Et malheureusement, je ne pouvais pas la sortir du système, sinon je me mettais hors la loi.

Ambre : Oui, parce qu’il faut être à l’école jusqu’à 16 ans, par exemple. 

Laure : Il faut aller à l’école, il faut continuer à aller en garde chez papa. Peu importe d’où viennent les agressions, on doit se plier au système, sinon le système va me « tuer ».

Si le système me tuait, c’était ma fille, c’était mes deux enfants qui seraient atteints. Donc j’ai été obligée de naviguer au milieu de ce système en restant la plus irréprochable possible, ce qui était la chose la plus difficile. Et ma fille aurait aimé que je devienne une hors-la-loi. Je lui ai dit « Ma chérie, je ne peux pas, sinon d’une part je ne te sauve pas, je ne sauve pas ta grande sœur et je ne me sauve pas moi non plus. Et le chaos va devenir grandissant. » 

Ambre : Oui, t’avais peu de marge de manœuvre dans ce système.

Laure : On n’en a quasiment pas, on en a zéro. 

Ambre : Et c’est ça qui peut créer du coup de la souffrance. Encore plus, je pense, quand on est HPI, HPE, déjà on fonctionne différemment, on pense différemment, on se sent différent aussi. Quand on est dans ce système-là qui n’est pas du tout câblé pour gérer cette différence-là, qui est plutôt rejeté, je pense que ça crée encore plus de souffrance. Je sais qu’il y a un moment où tu te sens différent, mais en même temps, t’es obligée d’essayer de t’adapter au système même s’il n’est pas du tout. C’est comme si tu essayais de mettre un rond dans un carré.

Se sentir différent dans un monde qui valorise la norme

Laure : C’est exactement ça. Donc ça, moi, c’est ce que j’ai su faire toute ma vie. Je l’ai fait toute ma vie. Je me suis déguisée, si tu veux. En fait, c’était plus simple pour moi que les gens pensent que j’étais une petite gentille écervelée un peu blonde. Ça me permettait de pas trop déranger les gens, aussi bien au niveau de ma famille que de mes amis.

Le « déguisement de Barbie »

Laure : Je comprenais que ma puissance aurait pu très vite déranger dans mon développement, et qu’il valait mieux que je crée ma confiance en moi toute seule, cachée sous un décor de Barbie. Comme ça, les gens se disaient « Oh, elle est gentille la petite là-bas, mais on s’en fout, elle va pas nous faire peur ». Moi, ça me permettait de développer ma puissance tranquillement, sans que personne ne vienne interagir à l’intérieur, de fabriquer une confiance en moi à peu près inébranlable, parce que je n’ai pas compté ni sur mes parents, ni sur mes amis, sur rien du tout. Je n’avais confiance qu’en moi.

Et ce qui fait qu’aujourd’hui, ma grande-fille vient de quitter ses études, parce qu’elle a décidé de se lancer en tant qu’artiste murale dans le line-art. Et elle a pris cette décision après avoir été épuisée par un an d’université, où elle a été vidée de sa matrice intrinsèque, où ma fille était plus que l’ombre d’elle-même. Là, ça va faire un mois qu’elle exprime son talent sur mes murs à mon coworking, et elle vient de réaliser la fresque qui représente sa maman à gauche de son bureau.

Et ma fille a donc dessiné un tank, un tank militaire sur lequel il y a des cœurs et des fleurs. Et ce tank envoie des fleurs, de l’amour, du cœur et de la solidarité. Un tank qui s’est protégé pour garder toute son empathie, sa bienveillance et sa solidarité, pour éviter que les agressions extérieures viennent transformer la personne intrinsèque que je suis. Et donc c’est pour ça que je me suis déguisée en Barbie, si tu veux. C’était une autre manière.

Construire sa confiance seule

Laure : Et donc ça, ça m’a permis de me construire et de me renforcer. Et aujourd’hui, je me sens comme un rouleau compresseur. J’arrive et les gens, ils se poussent, ils ont peur. Parce qu’il m’est arrivé la pire chose qui puisse jamais arriver à personne, c’est de perdre un enfant. Et quand une personne a perdu un enfant, qu’est-ce que tu veux qu’il t’arrive de pire ? Je veux dire même ta propre vie. Si demain, il doit m’arriver quelque chose, j’aurais au moins mis tout en œuvre pour que le moment de mon existence et de ma puissance, j’essaye de bouger les lignes.

Ambre : Malgré toutes ces épreuves-là, t’as quand même réussi à transformer ça, je trouve, comme un moteur, un truc qui te pousse à faire des choses. 

Laure : Dans un monde où la société a été conçue pour détruire les gens, t’as deux options. Soit ils continuent à te n*, soit tu décides de leur faire un grand sourire et de leur dire toute la haine que vous êtes en train de m’envoyer, je vais la transformer en amour et elle va vous éclater à la g*.

Ne serait-ce que pour ma fille qui est encore vivante, pour mon homme qui est extraordinaire et qui m’a accompagnée dans toutes ces tempêtes, pour mes clients qui sont là au coworking, heureux de venir bosser tous les matins, pour mes clients du resto qui sont là, heureux de venir en famille pour reconstruire, pour se donner de l’amour, du bonheur. Tous ces gens, je ne vais pas abandonner.

Ambre : Et en plus, j’ai l’impression que dans tous tes business, il y a à la fois l’engagement un peu local, territorial, et en même temps, le côté recréer un sens de communauté, améliorer aussi le bien-être, soigner un peu, entre guillemets, les gens. 

Laure : Avec le monde qui est en train de partir en cacahuète actuellement, j’ai passé six mois à me gaver d’informations sur les réseaux sociaux pour que mon cerveau emmagasine le plus d’informations possible.

J’y suis allée mais comme une dingue, pour qu’il range tout dans les cases, j’ai passé des heures et des heures et des heures à lire tout et son contraire, infos, infox. J’ai essayé d’emmagasiner toutes les informations mondiales des pays aussi, donc j’ai rangé tout ça. Et à la fin, j’ai fermé le dossier, j’ai compris ce qui se passait, j’ai fait « ok d’une part, ça devient urgent, de deux, j’ai pas envie de me lever en colère tous les matins, parce que c’est le but du jeu, qu’on soit en colère, qu’on se déteste, qu’on soit tous remontés les uns contre les autres, super, pourquoi faire alors qu’on est tous sur la terre, qu’on est tous humains ? » Mais eux, ce n’est pas leur projet qu’on se rassemble.

Transformer la haine en amour

Laure : Donc, plutôt que de me lever en colère, j’ai décidé de me lever remplie d’énergie, de volonté de changer les choses, et finalement j’ai envie de me dire « je veux représenter le symbole du changement, c’est-à-dire que si mon projet vous plaît, accompagnez-moi. Mais si en revanche, vous voulez rester dans la colère, la haine et l’inquiétude, c’est pas avec moi que ça se passe.” Soyons l’exemple, soyons l’exemple du changement.

Si vous y croyez, si on a des rêves, venez, on y va ensemble. Mais on ne peut pas anéantir le monde actuel. La montagne est tellement énorme qu’on n’y arrivera pas. En revanche, on peut recréer le monde de demain. Et en repartant d’une petite chose, c’est beaucoup plus facile et beaucoup moins démoralisant que de s’attaquer à un monstre d’infamité. 

Ambre : Il vaut mieux faire step by step, c’est les petits pas qui font de grands changements, comme on dit.

Laure : C’est exactement ça. 

Ambre : J’adore cette phrase. Petit à petit. Et en plus, avec des projets comme ça. D’ailleurs, on a oublié de dire le nom du projet. 

Laure : Oui, donc mon fonds de dotation s’appelle Eviza, E-V-I-Z-A, et c’était donc le prénom de ma fille.

Ambre : Finalement, tu lui rends un peu hommage aussi en même temps. Bien sûr. Et tu crées quelque chose que peut-être tu aurais aimé qu’elle bénéficie peut-être à l’époque.

Laure : Tu sais que c’est elle qui m’en avait parlé. Et je ne m’en suis souvenue que deux ans plus tard. Un jour, on était dans la voiture, il y avait sa sœur qui était là, et elle me dit « Maman, un jour, j’aurai tellement d’argent ». Parce que c’était une fonceuse. Elle, elle avait des ambitions matérialistes, je peux te le dire. Contrairement à sa mère, contrairement à sa mère, elle avait de grandes ambitions matérialistes. Elle l’avait compris. Elle m’avait dit « Maman, tu sais qu’il faudrait que tu aimes bien me vivre parce que j’ai envie de m’offrir trop de trucs. Écoute, si tu fais du bien avec cet argent, ça me va ». 

Et elle me dit « Je vais créer une fondation pour m’occuper des enfants maltraités ». 

Et ça ne m’est revenu qu’après. Je ne m’en suis souvenue qu’après. Quand j’ai commencé à créer ce fond d’attention que je l’ai appelé Eviza, j’ai eu cet échange et je me suis dit « Ah ! ». Elle me l’avait dit. C’est ouf. C’est la révélation après le coup.

Mais c’est fou parce qu’au départ, si tu veux, mon projet, c’est de me dire « Je dois sauvegarder l’argent. Donc, je dois le mettre dans un établissement à but non lucratif pour qu’on puisse l’utiliser à bon escient et faire le maximum de bien autour de nous ». Mais je n’avais pas pour vocation de reproduire son projet au départ. Oui. Parce que moi, je n’interviens que quand ça me parle et que ça répond à mes besoins.

Ma fille, ce n’est pas moi. Et quand j’ai fini, j’ai tout fait, je fais « Oh merde ! ». En fait, c’est exactement ce qu’elle voulait faire. 

Ambre : Mais au final, ça a encore plus de sens.

Une petite étoile qui veille sur elle

résilience étoile

Laure : Mais c’est ouf parce que ça se trouve, c’est elle qui me l’a soufflée. Peut-être qu’elle me l’a rappelé quelque part dans mes rêves ou tu vois. 

Ambre : C’est un peu une petite étoile qui te protège et qui te souffle des petits trucs sauf si tu t’en rends compte.

Laure : Et l’idée même que le prénom de ma fille puisse régner au niveau national ou international pour s’occuper du mal-être et de la santé mentale des jeunes, mais il n’y a rien qui aurait pu la rendre plus heureuse, qui l’aurait réparée en fait. 

Ambre : Mais est-ce que ça ne te répare pas toi aussi d’une certaine façon de faire du bien ? 

Laure : Évidemment. J’avais besoin de ce temps du restaurant pour me reconstruire, pour comprendre ce qui s’était passé, pour analyser, pour faire le point. Tu ne peux pas comprendre du jour au lendemain ce qui vient de t’arriver en pleine tronche. Tu ne peux pas comprendre comment c’est arrivé, comment le système a été conçu pour que ça arrive, qui t’a mal accompagnée, qui ne t’a pas bien accompagnée, qu’est-ce que tu n’as pas compris toi, personnellement ? Est-ce que tu es responsable ? Il te faut le temps de la compréhension, de l’apprentissage, de la raison.

Ça ne sert à rien d’être en colère, ça ne sert à rien d’en vouloir à tout le monde. Ça ne va pas faire revenir ma fille. Donc il m’a fallu trois ans.

Se reconstruire

Laure : Et quand je me suis sentie prête, construite, et que j’étais convaincue que la colère ne servait à rien, que la haine ne servait à rien, que de revenir en arrière ne servait à rien, mais qu’on pouvait nous-mêmes être acteurs du changement, en proposant un nouveau modèle, en s’adossant à la société actuelle, le but étant pas d’être militantiste. Le militantisme détruit beaucoup de gens. Militantisme, c’est comme une guerre effrénée, qui malheureusement est stoppée par les gouvernements en permanence, qui nous épuisent, et moi j’ai beaucoup de gens autour de moi militantistes qui se sont épuisés, qui n’ont plus la force de rien aujourd’hui, et qui sont en dépression. Et bien en fait, on n’a rien gagné. 

Ambre : Oui, malheureusement.

Le message de Laure aux jeunes et aux familles

Ambre : Mais du coup, c’est plutôt des jeunes adultes qui vont écouter ce podcast-là. Ce serait quoi un peu le message central que t’aimerais leur dire ? 

Capitaliser sur les talents plutôt que sur les faiblesses

Laure : Le message central, c’est que pour qu’un enfant se construise, comme je disais, c’est pas forcément avec ses parents, ses grands-parents, sa famille, ses frères et sœurs. L’enfant, et c’est là, ce sera là mon travail vis-à-vis des parents et des grands-parents, c’est qu’ils doivent capitaliser sur leur talent dès le plus jeune âge. On est dans un système éducatif qui nous apprend à être mauvais, qui nous apprend à être moyens dans tous les domaines.

La preuve par A plus B, on doit avoir 10 dans toutes les matières pour pouvoir passer à l’année suivante. Ça sert à quoi ? À quel moment tu vas devoir gérer 10 métiers dans ta vie en faisant 10 métiers moyennement ? Je vais être un peu avocat, un peu ingénieur, un peu cuistot, un peu artiste, mais je vais être nulle dans tout. C’est quoi le projet ? 

Il n’y en a pas. Donc en fait, le plus dur dans notre situation actuelle, c’est que comme on ne peut pas affronter le système et qu’il faut absolument passer au domaine d’après, il faut quand même réussir à topper les 10 dans tout.

Atteindre son plein potentiel

Mais moi, ce que j’ai envie de dire aux parents, capitalisez dès le départ sur le talent de votre gamin, faites-lui devenir l’excellence dans sa capacité ou dans ses capacités, accompagnez-le au maximum pour qu’il arrive à topper 10 au minimum pour passer à l’année d’après, en ne lui mettant aucune pression de réussite supplémentaire sur ses domaines qui ne sont pas ses domaines de compétences, pour qu’ensuite il évolue accompagné par ses parents de la compréhension de lui-même qu’il est réellement, en étant rassuré et apaisé que papa et maman acceptent que j’ai 10 en maths, en physique, en chimie parce qu’ils savent que je suis profondément littéraire, ça les rassurera à donf pour aller jusqu’au minimum voir le biais professionnel pour sortir avant, pour éviter de s’épuiser jusqu’au bac, parce que moi je pense qu’il faut sortir dès que possible, après tu veux devenir chirurgien, tout ça, t’es obligé d’aller jusqu’au bout, mais en fonction de ton profil, et pour surtout arriver encore avec de l’énergie au moment où la décision la plus importante va être de prendre, est-ce que je pars dans le domaine pro, est-ce que je fais médecine, est-ce que… ?

Mais pour pas arriver épuisé au moment où la décision la plus importante, elle est là ! Et moi les gamins, ils arrivent, j’ai déjà fait des réunions pour comprendre un peu ce qui se passe dans les domaines un peu défavorisés, je suis allée voir des jeunes de cité, et en fait les jeunes de cité, j’ai compris, le blocage c’est que leurs parents ont dû subir des métiers de merde toute leur vie, ils ont vu leurs parents rentrer en colère, fatigués, épuisés, maltraités, donc ils les ont entendu mal parler de leur patron ou du système en général, ce qui donne une très mauvaise image pour les enfants du monde du travail de demain, pourquoi ils ont envie d’y aller ? 

Ambre : Oui, ils n’ont pas trop envie d’y aller du coup, oui.

Avoir confiance en soi malgré le système

Laure : Tu comprends, tes parents ça reste la chose la plus importante pour toi, parce qu’émotionnellement c’est ce qui te touche le plus, quand t’as vu ton papa et ta maman souffrir toute ta vie, écrasés par un système sur lequel ils ne peuvent rien faire, bah moi aussi j’ai envie d’y aller ! Bah non, t’as pas trop envie d’être dans le système aussi, ouais. Voilà, donc ce que je dis aux jeunes, c’est que moi mon rôle va être de faire prendre conscience aux parents et aux grands-parents qu’il faut accompagner les enfants pour devenir la meilleure version de leurs talents, de les déculpabiliser sur les domaines sur lesquels ils ne sont pas les meilleurs, parce que c’est pas grave, pour les accompagner au mieux dans un équilibre de charge mentale entre le sport, les hobbies, ton domaine d’activité, sachant que ça peut évoluer au sein de ta vie.

Donc ça sera le rôle que j’ai à faire, moi dire aux enfants « ayez confiance en le système que moi je viens de vous transmettre, capitalisez sur votre domaine, je vais essayer d’accompagner papa-maman ». Et si papa-maman sont toujours bloqués, rencontrez des adultes autour de vous qui vont vous aider à déculpabiliser, rentrez dans des assos, rentrez dans les lieux qui vont vous accompagner. Si papa-maman sont vraiment très bloqués, protégez-vous de papa-maman, écoutez pas, et c’est comme moi j’ai fait, j’ai mis mon déguisement de Barbie, et avancez de votre côté, gardez confiance en vous. C’est clair qu’il y a un besoin d’accompagnement. Pour que les parents et les grands-parents le comprennent, je vais organiser des événements de participation intergénérationnelle pour atteindre un résultat final.

« On a tous besoin les uns des autres »

Laure : Exemple, je vais faire une énorme fresque sur un mur, j’ai les trois générations qui s’en présentent. Pour réaliser la fresque, on a besoin du savoir-faire des trois générations. Les gamins vont sortir avec l’intelligence artificielle, ils vont poser des trucs, papi-mami ils savent comment la peinture ça sèche et quelle peinture il faut utiliser parce qu’ils ont déjà fait ça dans les maisons, et papa-maman ils sont ingénieurs ou optimisateurs ou RH, et ils vont dire bon l’équipe là vous faites ça, l’équipe… Ils vont voir que pour un résultat final, on a besoin de tout le monde.

Mais on a besoin de la compréhension de chacun, pas juste du jugement et de l’injonction. Le jugement et l’injonction ne mènent nulle part. Ils mènent qu’à l’embrouille, qu’à la haine, qu’à l’incompréhension, qu’à la colère, et qu’en fait au bout d’un moment, faisons-nous tous confiance pour obtenir le résultat final.

Et si tu mets ça au niveau macro, et bien faisons d’une société où chacun a confiance en l’autre

Ambre : Effectivement ça résoudrait pas mal de problèmes. 

Laure : Ça a l’air simple comme ça ! Oui.

Ambre : Mais déjà, le fait que tu mènes une action comme ça, déjà ça y contribue. Après, c’est chacun qui doit s’y engager individuellement, s’engager personnellement. 

Laure : Se rendre compte des bénéfices qu’on a eus de réaliser cette preuve par A plus B, parce qu’une fois de plus je veux faire de la preuve par A plus B, qu’ils la vivent, qu’ils la comprennent, et forcément je veux les mener de manière… J’aimerais faire des réalisations de 500, 1000 personnes, pourquoi pas organiser une énorme chorale où il y aurait un chef d’orchestre qui anime dans un stade pour que chacun en fasse une chanson ? On a tous besoin des uns des autres.

Ambre : Je pense que c’est une super phrase pour conclure.

Conclusion

Ambre : Donc pour tous ceux qui nous écoutent, si ça vous intéresse, en tout cas, c’est Eviza.bzh. Parce qu’on adore la Bretagne, on est très chauvins.

Laure : Si ce projet peut avoir le drapeau breton, évidemment, j’en serai encore plus fière. Merci beaucoup. Avec grand plaisir, je suis ravie. J’ai passé un très bon moment et je sais qu’on fera d’autres choses ensemble. 

Ambre : Oui, franchement, je serai trop contente. N’hésitez pas à noter le podcast avec 5 étoiles et suivez aussi les réseaux sociaux de Laure Haezebrouck. Je vous mettrai un lien en description. 

A bientôt !

Ambre.

Si vous avez aimé l'article, vous êtes libre de le partager ! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Qui suis-je ?

Je m’appelle Ambre, je suis psychologue spécialisée dans l’anxiété des jeunes adultes face à l’incertitude et aux changements de vie.

Est-ce qu’il t’arrive d’avoir parfois l’impression d’être perdu.e entre la vie qu’on attend de toi… et celle que tu aimerais vraiment construire ?

D’avancer dans un quotidien qui ne te ressemble plus totalement : études perdant du sens, boulot qui te convient plus autant, pression, fatigue mentale, peur de l’avenir… ?

Pendant qu’à l’intérieur, une autre partie de toi rêve peut-être de liberté, de sens, de voyage, de créer quelque chose, de changer de vie ou simplement de se sentir enfin à sa place ?

Mais dès que tu envisages le changementL’anxiété arrive ? Est-ce que tu te dis alors…

  • Et si je me trompais ?
  • Et si je n’étais pas capable ?
  • Et si je n’arrivais jamais à construire la vie que j’ai en tête ?

Si oui, laisse-moi t’aider.

À travers mes contenus et mes accompagnements, j’aide les jeunes adultes qui se sentent bloqués par leurs peurs, leurs doutes ou leur mental en boucle à retrouver plus de clarté, de confiance et de mouvement pour avancer vers une vie plus alignée avec ce qui compte réellement pour eux.

Mon approche mêle thérapie brève orientée solution et outils issus des TCC, avec une vision profondément humaine, concrète et tournée vers l’avenir.

L’objectif n’est pas de rester bloqué.e dans les problèmes ou dans la peur, mais d’activer progressivement tes ressources, retrouver ce qui te met en mouvement et sortir de cette paralysie anxieuse qui t’empêche parfois d’avancer vers tes projets, tes envies ou tes rêves.

Parce qu’on peut avoir peur… et malgré tout construire une vie qui nous ressemble.

Regarde comment je peux t’y aider juste ici.